Je travaille autour des questions du langage en utilisant le plus souvent l’outil vidéo ou informatique comme vecteur de forme.
Ce sont les mots, les lettres et les espaces qui m’intéressent parce que je considère le langage comme une matière porteuse de sens, mais aussi comme ayant un dessus, un dessous, un ‘sur-les-bords’. Les mots peuvent avoir la tête en bas ou se couper en petits morceaux. Ils peuvent jouer de leur forme autant que de leur sens et ne sont pas esclaves de la phrase.
Le mot est un objet culturel usuel, il nous est familier. Cette matière me permet d’entrer facilement en relation avec les autres car les mots sont identifiables immédiatement, riches par leur diversité sémantiques et formelles. Les images peuvent être à la base de mes réflexions et parfois de mon travail, puis elles disparaissent pour laisser place aux mots qui les décrivent. Elles se réduisent pour devenir l récit d’elles-même. Les mots me paraissent à la fois plus directs et plus énigmatiques. Ils balisent la pensée, soutiennent la rêverie.
Je garde toujours en mémoire cette phrase de Bianu à propos du Haiku: ‘c’est dans sa rétention que la forme de poésie la plus dense de l’histoire trouve son amplitude’. Je trouve effectivement que l’économie de moyens formels ajoute à l’évidence de la poésie d’un objet. La lourdeur de la technique doit disparaître pour laisser toute sa place au sens et à la poésie. C’est pour cela que j’utilise souvent l’animation vidéo, des mots blancs sur fond noir projetés directement sur le mur: le cadre disparaît, les mots flottent, volatiles et délicats. La vidéo est pour moi un moyen d’écriture directif car il implique un déroulement que le ‘liseur’ ne contrôle pas. Pas de possibilité de revenir en arrière, de sauter des pages, de lire la fin avant le début, en diagonale, très lentement ou par petits bouts. Ici j’impose un ordre de déroulement, un rythme, un lieu. Comme le peintre ou le sculpteur, je dirige le regard. C’est en cela que je situe ma pratique davantage dans le champs des arts plastiques que dans celui du littéraire.
La disparition et la description sont deux thématiques récurrentes de mon travail. L’une sujet, l’autre moyen, ou parfois l’inverse. Je les explore au travers de jeux de mots ou de formes, d’animations, de vidéos ou de dessins. Plus j’écris, plus je parle et plus je parle, plus je donne ; si l’on considère une partie de l’art comme étant un pas vers l’autre, par la description je m’ouvre à l’autre. Ce désir de mots vient en partie d’une enfance nomade où les objets étaient abandonnés sur place, les mots seuls restaient en mémoire. Il y avait aussi dans cette enfance la musique des langues étrangères, les signes typographiques mystérieux. Les langues ont depuis une épaisseur sonore, graphique et sémantique. Ce plaisir de langues alimente mes voyages. Dernièrement en Angleterre, en Allemagne et en Corée où mon travail a été présenté lors d’expositions collectives.
A.C.
Ce sont les mots, les lettres et les espaces qui m’intéressent parce que je considère le langage comme une matière porteuse de sens, mais aussi comme ayant un dessus, un dessous, un ‘sur-les-bords’. Les mots peuvent avoir la tête en bas ou se couper en petits morceaux. Ils peuvent jouer de leur forme autant que de leur sens et ne sont pas esclaves de la phrase.
Le mot est un objet culturel usuel, il nous est familier. Cette matière me permet d’entrer facilement en relation avec les autres car les mots sont identifiables immédiatement, riches par leur diversité sémantiques et formelles. Les images peuvent être à la base de mes réflexions et parfois de mon travail, puis elles disparaissent pour laisser place aux mots qui les décrivent. Elles se réduisent pour devenir l récit d’elles-même. Les mots me paraissent à la fois plus directs et plus énigmatiques. Ils balisent la pensée, soutiennent la rêverie.
Je garde toujours en mémoire cette phrase de Bianu à propos du Haiku: ‘c’est dans sa rétention que la forme de poésie la plus dense de l’histoire trouve son amplitude’. Je trouve effectivement que l’économie de moyens formels ajoute à l’évidence de la poésie d’un objet. La lourdeur de la technique doit disparaître pour laisser toute sa place au sens et à la poésie. C’est pour cela que j’utilise souvent l’animation vidéo, des mots blancs sur fond noir projetés directement sur le mur: le cadre disparaît, les mots flottent, volatiles et délicats. La vidéo est pour moi un moyen d’écriture directif car il implique un déroulement que le ‘liseur’ ne contrôle pas. Pas de possibilité de revenir en arrière, de sauter des pages, de lire la fin avant le début, en diagonale, très lentement ou par petits bouts. Ici j’impose un ordre de déroulement, un rythme, un lieu. Comme le peintre ou le sculpteur, je dirige le regard. C’est en cela que je situe ma pratique davantage dans le champs des arts plastiques que dans celui du littéraire.
La disparition et la description sont deux thématiques récurrentes de mon travail. L’une sujet, l’autre moyen, ou parfois l’inverse. Je les explore au travers de jeux de mots ou de formes, d’animations, de vidéos ou de dessins. Plus j’écris, plus je parle et plus je parle, plus je donne ; si l’on considère une partie de l’art comme étant un pas vers l’autre, par la description je m’ouvre à l’autre. Ce désir de mots vient en partie d’une enfance nomade où les objets étaient abandonnés sur place, les mots seuls restaient en mémoire. Il y avait aussi dans cette enfance la musique des langues étrangères, les signes typographiques mystérieux. Les langues ont depuis une épaisseur sonore, graphique et sémantique. Ce plaisir de langues alimente mes voyages. Dernièrement en Angleterre, en Allemagne et en Corée où mon travail a été présenté lors d’expositions collectives.
A.C.