texte de présentation de la vidéo ’anagrammes’ lors du festival traverse vidéo.

L’écrit et l’oral permettent la transmission du langage chez l’homme.

Cependant leur formation et leur réception diffèrent. L’installation Anagrammes d’Armelle Caron représente la complémentarité mais aussi l’antagonisme de l’écriture, en la figeant sur un écran, et de la parole, prononcée par une voix enregistrée.

Le son de la voix, calme et monocorde, énumérant des lettres, nous guide vers l’écran où celles-ci s’inscrivent distinctement en noir sur fond blanc jusqu'à former des mots. Ainsi ‘hit-parade’, débutant par ‘a’ et ‘p’ puis finissant par ‘i’ et ‘d’, se construit dans ce désordre, qui reste, toutefois atténué par les sonorités de chacune des lettres. La voix détaillant la lettre comme porteuse de musicalité propre ayant sa place unique visuellement, en fait un ‘objet’ indépendant, mais, à la fois tributaire des autres lettres pour former le mot.Par là, l’installation s’articule autour de la définition du langage comme esthétique et comme porteur sémantique apte à la mobilisation de notre imagination.
Lorsque le mot est lisible dans son entier, la voix le renverse en une anagramme qui suit l’ordre des lettres prononcées ainsi ‘hit-parade’ devient ‘apartheid’ quand ‘étreinte’ devient ‘éternité’. La surprise séduit, tout en bousculant, puisque la voix se détache du support visuel.
Pourtant, le visible fausse mais ne ment pas, le décalage produit des antonymes, des synonymes, des sonorités proches qui dupliquent la relation entre les mots et comblent de sens l’espace qui sépare, par exemple, ‘idéalisme’ de ‘demi-asile’, ‘regard’ de ‘garder’.
Cette installation présente le langage non seulement comme lien entre les hommes mais aussi comme producteur de sens. En effet, Anagrammes ne se cantonne pas à un dialogue entre l’artiste et le spectateur, il relance le mot comme signifiant poétique tout en provocant un dualisme entre les mots.

La non-correspondance entre l’auditif et le visuel répond à l’image d’une conversation où la signification des mots peut varier suivant les propres paysages intérieurs des interlocuteurs. Mais ces difficultés ne détruisent pas le langage, et Armelle Caron nous en fait éprouvé les paradoxes et les mystères, par exemple, on peut raconter comme on pet mentir, on peut expliciter comme on peut suggérer.

Romain Froidefond.