elle était toujours élégante, sobre, avec une belle garde-robe bleu-marine, un brushing et du rouge à lèvres.

elle me massait le ventre en faisant des petits cercles avec la paume de sa main. comme je voulais que ça dure toujours, je faisais mon possible pour m'endormir avant qu'elle ne s'arrête.

j'étais assise à la table de la cuisine, tu m'as enserré dans tes bras et dis que tu m'aimais. je t'ai demandé d'arrêter alors que je ne le voulais pas.

la tête sur ses genoux et sa main dans mes cheveux, je regarde les jambes de mon père sous la table.

je me souviens de son rouge à lèvres très rouge et de son pouce qui en efface la trace sur ma joue.

elle m'a oté une boucle d'oreille en enfonçant ses ongles dans mon lobe gonflé de pus. j'ai crié, elle aussi.

je revois le regard noir de ses yeux bleus dans le rétroviseur de la super 5 blanche.

tous les quatre, sous la tente, assis en tailleur, on soufflait sur nos noodle-soup en écoutant battre la pluie.

sur un transat, je regardais sa peau de très près. les pores de son nez étaient très ouverts. j'ai les mêmes.

je massais son dos ensoleillé et trouvais sa peau douce, molle et chaude. j'aimais ça.

je prenais un temps infini pour lui mettre du vernis sur les orteils. il était rouge-sang, bien brillant.

quand elle est revenue de chez le coiffeur, on a tellement ri qu'elle y est retourné tout de suite.

j'étais fière de la voir transpirer et sourire alors qu'elle dansait des rocks endiablés avec mon père.

c'était une drôle d'idée que de choisir un maillot de bain aussi rose...

je me souviens de ses cheveux noirs en fouillis après la baignade.

il y a 28 ans, je lui ai demandé de m'apprendre à repasser au cas où elle viendrait à mourir. je n'ai depuis, et pourtant, jamais repasser.